Finale MOF Pâtisserie 2026 à Bordeaux : six cols vus à travers l'objectif
Le mercredi 14 octobre 2026, à Bordeaux, six pâtissiers ont reçu le col bleu-blanc-rouge des Meilleurs Ouvriers de France Pâtissiers Confiseurs. Parmi eux, pour la première fois dans cette classe, une femme : Fanny Le Duff. Mais ils étaient seize à aller au bout de ces trois jours, et chacun mérite qu'on le raconte. J'étais là avec mon appareil, dans les laboratoires pendant les dernières minutes d'épreuve, puis devant les buffets. Voici cette finale telle que je l'ai vue, à travers l'objectif.
Le COET-MOF, pilier de l'examen
Avant de parler d'images, il faut parler de ceux qui rendent cette finale possible. Le COET-MOF, Comité d'Organisation des Expositions du Travail et de l'Examen « Un des Meilleurs Ouvriers de France », organise l'examen depuis plus de cent ans. C'est lui qui porte chaque session et veille, en lien étroit avec les professionnels de chaque filière, au respect des exigences, de l'éthique et des valeurs attachées au titre.
Son rôle est capital. Pour cette 28ᵉ session, près de 100 métiers étaient représentés : plus de 2 100 candidats se sont engagés, 674 se sont qualifiés pour les épreuves finales dans 88 métiers, et plus de 2 000 bénévoles ont siégé dans les jurys. Faire tenir un tel ensemble, avec la même rigueur d'un métier à l'autre, est un travail considérable et souvent invisible. Le diplôme, délivré par l'Éducation nationale et le cas échéant par le ministère de l'Agriculture, doit beaucoup à cette organisation.
Proust au laboratoire
« À la recherche du temps perdu » : le thème de la session parle à tout pâtissier. Il parle aussi à une photographe. Faire remonter un souvenir de goût d'un seul regard, c'est très exactement ce que l'on demande à une image culinaire.
Les seize finalistes, retenus parmi quarante-neuf inscrits, ont disposé de trois jours au CFA des Compagnons du Devoir et du Tour de France de Bordeaux pour s'emparer du sujet. Au programme, la pâtisserie de boutique avec le gâteau de voyage, le millefeuille « simplement vanille » et le gâteau au chocolat ; la pâtisserie d'événement avec les croquembouches garnis d'une crème au praliné noisette et les amuse-bouche sucrés ; un dessert de restaurant autour de la pomme, du coing et de notes florales ; enfin, deux chefs-d'œuvre, en chocolat et en sucre. Chaque candidat était secondé par un commis, élève du CFA.
Trente minutes avant la fin
Je suis entrée dans les laboratoires pour la dernière demi-heure. Celle où les croquembouches prennent forme, chou après chou, et où chaque minute pèse le double.
Photographier ce moment, c'est d'abord savoir se faire oublier. On ne demande rien, on ne déplace rien, on ne passe jamais entre un candidat et son plan de travail. La lumière est celle du laboratoire, on compose avec. Ce que je cherche alors, ce n'est pas la pièce, c'est le geste : une main qui ajuste, un regard qui vérifie l'aplomb, un commis qui tend ce qu'il faut au bon moment. Ces images-là ne se refont pas.
À cet instant, rien ne permet de deviner qui sera proclamé deux jours plus tard. Dans le viseur, la concentration est la même sur tous les visages, la même exigence dans tous les gestes. C'est peut-être ce que j'en retiens d'abord.
Devant les buffets
À l'issue de la proclamation, les œuvres ont été présentées aux candidats, à leurs proches, aux commis, aux organisateurs, à la presse et aux professionnels venus découvrir le travail des finalistes. Pour moi, un autre travail commençait.
Photographier un buffet de finale MOF, c'est rendre justice à trois jours d'épreuves en quelques cadrages. Il y a l'image d'ensemble, qui montre la cohérence d'un buffet et la façon dont chaque candidat a interprété le thème. Puis il y a les détails. Et c'est là que tout se joue.
Le sucre et le chocolat, deux matières à apprivoiser
Le sucre et le chocolat comptent parmi les matières les plus exigeantes à photographier. Le sucre joue avec la lumière, la fait vibrer dans ses transparences, mais il trahit aussi le moindre reflet parasite. Le chocolat absorbe et brille à la fois : sous un mauvais angle, la pièce paraît plate ; sous le bon, on lit le travail de surface, la netteté d'une arête, la finesse d'une courbe.
Alors je tourne autour des pièces, je me rapproche, je cherche l'endroit où la lumière dessine le volume. Ces détails, le jury les a vus de près. La photographie permet de les montrer à tous ceux qui n'étaient pas là.
Six cols bleu-blanc-rouge
Le 14 octobre, Philippe Segond, président de la classe Pâtisserie, Confiserie, et Emmanuel Serna, président du jury général, ont proclamé les lauréats de la 28ᵉ session : Loïc Beziat (Cahors), Romain Bert (Nantes), Fanny Le Duff (Grazac), Thomas Mahou (Rouen), Jérémy Massing (Barr) et Joannic Taton (Écully).

Fanny Le Duff devient la première femme Meilleur Ouvrier de France dans cette classe. Un moment que la profession n'oubliera pas, et un signe fort pour toutes les jeunes pâtissières. Le titre est accessible « à tous ceux qui s'engagent avec ambition et détermination », rappelait Luc Chatel, président du COET-MOF.
Dix finalistes, et autant de pièces remarquables
Six cols pour seize finalistes. Les chiffres disent une partie de l'histoire, pas toute. Car être en finale, c'est déjà avoir franchi les épreuves qualificatives d'un examen parmi les plus exigeants qui soient, et figurer parmi les seize meilleurs d'une session qui en comptait quarante-neuf.
Derrière l'objectif, je n'ai pas photographié des lauréats et des recalés. J'ai photographié seize buffets, seize interprétations du thème, seize manières de travailler le sucre et le chocolat.
À ces dix finalistes, je veux dire mon admiration. Pour les mois de préparation, souvent pris sur les soirées et les week-ends. Pour le courage de présenter son travail devant un jury de pairs. Et pour la dignité avec laquelle on accueille un résultat qui ne correspond pas à ce que l'on espérait. Le parcours du MOF compte de nombreux lauréats qui ont obtenu leur col après plusieurs tentatives : rien ne dit que la prochaine session ne sera pas la leur.
Les photos de leurs pièces existent, et elles resteront. C'est aussi à ça que sert une image : garder la mémoire d'un travail qui méritait d'être vu.
Garder la trace
Une finale du MOF ne dure que trois jours. Les croquembouches ne se gardent pas, les buffets se démontent. Ce qui reste, ce sont les images. C'est pour cela que j'aime tant ces reportages : ils fixent un instant qui ne reviendra pas, pour les candidats, pour leurs familles et pour tout un métier.
Le temps perdu, la photographie le retrouve un peu.
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